L'art de la poterie à Soufflenheim remonte probablement au IIe millénaire avant Jésus-Christ. La présence d'argile, matière première directement utilisable et de bois combustible naturel a fait que les hommes se sont installés ici.

 

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Vase à provision et à écuelle Coupe à pied de l'âge du bronze

 

 

Ce sont les « tumuli » (tertres funéraires) situés dans la forêt de Haguenau, qui ont permis de mettre à jour divers objets : bijoux, parures, armes, poteries, et qui témoignent que les hommes de l'âge de bronze se servaient déjà de vaisselle qu'ils fabriquaient avec l'argile trouvée dans la forêt. Ces poteries modelées à la main sont encore de forme irrégulière, car le tour du potier ne fera son apparition dans notre région que vers 400 avant J-C. En fouillant à la fin du XIXe siècle les nécropoles tumulaires de la forêt de Haguenau, M. Nessel, alors Maire de Haguenau, a pu constituer une magnifique collection de poteries de l'âge de bronze exposées aujourd'hui au Musée Historique de sa ville.

 


 

La forêt compte 580 tumuli et nécropoles celtiques en forme de buttes ovales ou circulaires, appartenant à l'âge de bronze et l'âge de fer. Un TUMULUS est un amas artificiel de terre recouvrant une sépulture renfermant des objets divers, en céramique, en cuivre, bronze et fer. La tombe peut être de dimension très variable: du simple dépôt d'ossements jusqu'à une véritable chambre sépulcrate très élaborée en pierre sèche ou dalle. A proximité du site du gros chêne, ont été reconstituées des sépultures.

 


 

Avec l'arrivée des Romains, la Gaule connut une paix heureuse d'environ 500 ans « la Pax Romana ». Y a -t-il eu continuité dans la pratique de la poterie à Soufflenheim ? Les tessons romains découverts ne permettent aucune conclusion suffisante. Il semble cependant invraisemblable qu'à cette époque on eût apporté des poteries d'ailleurs, alors que l'on trouvait de l'argile, de l'eau et du bois sur place. Une tuilerie romaine avec argilière annexée se trouvait en effet non loin de Soufflenheim à proximité de la route romaine Brumath-Seltz-Lauterbourg (à Soufflenheim elle passait par la rue de Bischwiller et rue de Koenigsbruck). Une partie de cette voie est d'ailleurs encore visible le long de la D 37 et avant la D 297 (Koenigsbrück- Niederroedern).

 


 

Après l'époque romaine, nous restons encore durant plusieurs siècles sans preuves directes au sujet d'ateliers de poterie qui auraient existé sur l'emplacement du village. Ce n'est qu'au XIIe siècle que nous en retrouvons. Une tradition fort répandue veut que Soufflenheim ait eu à cette époque de nombreux et habiles potiers.

 


 

Au XIIème siècle, les artisans potiers obtiennent de l'empereur Frédéric I Barberousse (fils de Frédéric de Hohenstaufen, dit le Borgne et fondateur de la ville de Haguenau), le droit d'extraire gratuitement et perpétuellement l'argile du sous-sol de la forêt de Haguenau. Cette lointaine tradition repose sur une légende dont il existe deux versions... En 1435, il est question de « Schüsseldreher » de Soufflenheim, c'est-à-dire des tourneurs de poteries.

 


 

Au XVIème siècle, sur un document du 14 août 1508, il est question de « Hafner » ou potiers de Soufflenheim. D'après la tradition, une grande partie de la population pratiquait ce métier et la poterie alsacienne s'intègre dans la traditon rhénane. Avant la Révolution, les potiers obtinrent le droit de vendre leurs poteries à l'extérieur par l'intermédiaire de marchands ambulants de poteries (Gschirrmann).

 


 

D'après un recensement effectué, il y avait en 1837 à Soufflenheim, 55 poteries dont deux tiers étaient des potiers paysans. Certains paysans vivaient en effet de l'agriculture et de la poterie. Ce statut de potier-paysans était rendu possible par la présence d'une coopérative qui fournissait les matières premières ( terre, émaux, couleurs..). Les paysans s'adonnaient à la poterie surtout l'hiver lorsqu'il n'y avait pas de travail aux champs. Les cuissons s'effectuaient auprès de leurs confrères potiers de métier.

 


 

A partir du milieu du XIXème siècle se trouvaient à Soufflenheim, des tuileries et des briqueteries aujourd'hui disparues. De cette industrie subsiste encore la branche des produits réfractaires qui a toujours pour but d'alimenter l'industrie métallurgique lorraine avant de s'étendre hors de nos frontières. On estime que sur 3000 habitants d'alors, environ 600 personnes vivaient de l'ensemble de l'activité céramique (y compris des tuileries et des briqueteries).

 


 

A partir de 1870, Soufflenheim étant rattachée à l'Empire prussien, les potiers eurent grand mal à vendre leurs productions au nouvel occupant. En effet, les Prussiens avaient fait appel depuis fort longtemps à des articles culinaires en fonte ou en aluminium préférés à ceux en terre. Aussi, plusieurs ateliers durent cesser leur activité. Subsistèrent essentiellement les potiers dont la production relevait d'un caractère plus artistique. Cette situation perdura jusqu'après la IIème Guerre Mondiale. Ce n'est que vers les années 60 que la poterie de Soufflenheim connut une renaissance sous l'impulsion du marché allemand, très friand du style de cet artisanat local.

 


 

Aujourd'hui, une quinzaine d'ateliers continue à perpétuer les gestes ancestraux pour produire nos fameux moules à Kougelhopf et autres moules ancrés dans la tradition alsacienne. Les artisans actuels cultivent chacun leur propre originalité. On y retrouve des moules, des coloris fidèles aux tendances traditionnelles, mais également des pièces plus modernes et des couleurs parfois vives. Soufflenheim est un des principaux centre-potier de France, un village où l'un des plus anciens artisanat au monde continue à être pratiqué avec passion.